Des rencontres insolites dans le monde de l’auto-édition

auto éditionLe milieu de l’auto-édition m’était inconnu cinq mois auparavant et le bilan de cette première expérience avant tout humaine est positif.

Les critiques nombreuses et les propos parfois acerbes ne manquent pas d’étoffer les nombreux articles qui traitent de ce sujet. L’univers de l’auto-édition est souvent décrié comme un repère d’auteurs frustrés, refusés par les maisons d’édition et contraints d’errer dans l’espace numérique. Les rares succès d’écrivains à compte d’auteur, comme on les nomme dans la profession, sont la plupart du temps considérés comme le fait du hasard ou de la chance. Heureusement, les premiers signes de changement amorcés par certains libraires laissent présager que ceux-ci ouvrent peu à peu leur porte aux auteurs indépendants.

Je suis issu du monde du Web et je me souviens avoir lu le même genre de propos concernant les entreprises de la nouvelle économie, comme on les appelait jadis. Pendant les années deux-mille, ces deux camps, les pure players et les enseignes traditionnelles, se sont livrés un véritable combat. L’arrivée des smartphones sur le marché à changé la donne et ces deux mondes qui paraissaient incompatibles se sont peu à peu rapprochés pour s’unir et se réinventer. Les portails Web ont ouvert leurs propres magasins, créer leur magazine papier pendant que les sociétés classiques développaient leurs solutions e-commerce. Aujourd’hui, les marques passent au phygital ­¬ la contraction de physique et digital ¬, devenu un véritable domaine d’expertise à part entière.

Je suis arrivé par hasard dans le monde de l’auto-édition. C’était au mois d’avril. Le manuscrit de mon premier roman Pour te protéger était prêt à être envoyé à quelques maisons d’édition que j’avais retenues, après avoir écumé les ouvrages policiers de Payot, la plus grande librairie de ma région, et ceux du salon du livre de Genève, lors d’une précédente visite. Je terminais la rédaction du synopsis de mon récit, travail insurmontable pour un écrivain, qui consiste à résumer son livre sur une voire deux pages, alors que résonnaient dans ma tête les paroles de l’enseignante de l’atelier d’écriture auquel j’avais participé deux ans auparavant: « Seuls deux pour cent des manuscrits sont retenus par les maisons d’édition, et la chance que votre premier livre soit publié est infime. Songez donc à écrire le second ».  C’est comme si, après avoir reçu votre diplôme de fin d’études, votre professeur vous confiait qu’il serait préférable de débuter une nouvelle formation pour trouver votre premier emploi. Après des journées enthousiasmantes à jongler avec les mots, chercher le ton approprié, adapter mon style, réécrire dix fois un paragraphe pour trouver les mots justes décrivant une scène, je me retrouvais à nouveau dans l’incertitude la plus totale comme la première fois où je m’étais assis derrière l’écran de mon ordinateur, face à une page blanche, avant de frapper les premières touches de mon clavier. C’est à cet instant que j’ai reçu une newsletter d’Amazon qui promouvait le Concours d’écriture Les plumes francophones, organisé conjointement par Kindle Direct Publishing et TV5 Monde. L’hésitation était omniprésente, pourtant l’envie d’entrer en contact avec de vrais lecteurs dominait et elle m’a poussé à me lancer dans cette folle aventure.

Cinq mois plus tard et à quelques jours de la délibération par le jury d’Amazon pour sélectionner les trois lauréats, je ne regrette pas ma décision, peu importe l’issue du concours. Plus de quatre-cents personnes ont acheté mon polar, bien au-delà de ce que j’imaginais, et leurs nombreux messages, comme celui de cette femme sur Facebook mentionnant que mon livre lui avait donné l’envie de relire, m’ont ému. La confiance partagée et les témoignages touchants provenant de tout horizon, même des Etats-Unis, me donnent la force de poursuivre l’écriture avec la publication d’une nouvelle, Une demande pour la vie, chez Webstory pour le concours d’écriture numérique Polar 2016, et d’un second roman que j’ai commencé à coucher sur le papier.

N’oublions pas tous les passionnés de lecture qui oeuvrent dans l’ombre et soutiennent le milieu de l’auto-édition: les deux folles de lecture, comme elles se nomment, de la page Aubazaardeslivres, ont lancé sur Twitter le hashtag #JeudiAutoEdition et m’ont offert la possibilité de proposer mon ouvrage comme gain dans le cadre de l’un de leurs concours. Anais, serial lectrice et blogueuse, a accepté avec gentillesse de lire mon roman après que je l’aie contactée. Quelques jours plus tard, je découvrais sur son blog une belle critique rédigée avec sincérité. Mélanie, dix-sept ans et créatrice du label Je lis des auto-édités, a accepté elle-aussi de se plonger dans mon roman, comme Lilie, de Mes polars & compagnie.

Dom, du café-salon Le Java, m’a accueilli comme un véritable artiste et m’a accordé une place de choix au sein de son établissement pour une première soirée rencontre-dédicaces. C’est d’ailleurs lors de cet événement que j’ai rencontré Vincenzo, patron de Enzo’s kiosque, un fervent défenseur de la culture régionale. Celui-ci m’a proposé d’emblée d’exposer sans frais quelques exemplaires de mon livre dans sa vitrine. J’entends encore ses paroles lors de son arrivée en découvrant la couverture du roman: « Mais c’est génial ! »

Je ne pourrais pas terminer cet article sans remercier ma femme qui m’a offert le temps nécessaire pour écrire, alors qu’elle s’occupait de nos enfants, et tous les amis et collègues qui m’ont soutenu et aidé dans cette démarche, et de conclure avec le message de l’un d’entre eux: « Croire en son rêve, un rêve d’enfant, et aller jusqu’au bout… Tu l’as fait, Stéphane, alors un immense bravo ! ».

Je ne sais pas à quoi ressemblera mon avenir de romancier, ni même si une place m’y sera accordée parmi les nombreux auteurs en herbe, qu’elle soit à compte d’auteur ou à compte d’éditeur, mais il y a une chose dont je suis certain. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas à recommencer, car j’ai vécu une expérience extraordinaire. Je salue tous les gens chaleureux rencontrés pendant ce périple d’un été et je leur dédie ce billet.

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